LE CONSTAT : DES CONSOMMATEURS DE PLUS EN PLUS PERDUS

Sur les sujets de la santé et de la nutrition, comme sur tous les sujets scientifiques, politiques ou sociaux, nous vivons une époque paradoxale : nous avons accès aujourd’hui à infiniment plus d’informations que jamais dans l’histoire de l’humanité grâce aux médias et à Internet, mais rarement les citoyens ne se sont sentis aussi perdus, face à des sources se contredisant sans cesse. Nous pourrions évoquer longuement la perte de confiance dans les autorités traditionnelles et historiques (médecins, chercheurs ou agences gouvernementales dans le domaine de la santé par exemple), dont les causes sont bien plus larges que le simple rapport à la science (crise de la démocratie pour ne citer qu’elle), mais le résultat est là : un relativisme total qui met sur un plan d’égalité toutes les sources d’information dans l’esprit de la plupart des gens, ouvrant la porte non pas au doute « sain », à savoir un esprit critique appliquant une approche rationnelle, mais à un doute « permanent » rendant presque impossible la transmission des informations même les plus solides, sourcées et validées par la communauté scientifique auprès de cette population « relativiste » grandissante : changement climatique, théorie de l’évolution, etc. Les exemples sont nombreux et même des sujets aussi évidents que le fait que la planète Terre soit ronde trouve de farouches détracteurs avec les partisans de la théorie de la « Terre plate » ! (Si, si, ils existent vraiment si vous ne connaissiez pas !)

En parallèle, ce doute permanent est malheureusement alimenté par des éléments concrets. Les médias traditionnels et généralistes ayant rarement des journalistes compétents dans le domaine de la science en général et de la nutrition en particulier entretiennent une schizophrénie permanente, se faisant le relais d’études contradictoires sur un même sujet à quelques jours d’intervalle, sans capacité de mise en perspective et de jugement sur la qualité des dites-études (par exemple, une semaine les œufs sont dangereux pour la santé, la semaine d’après ils sont excellents…).

Et cette attitude trouve son apogée sur Internet avec de nombreux sites ou pages Facebook pratiquant la recherche de clics à tout prix (le « putaclic » pour employer l’expression courante) afin de générer du trafic, peu importe la solidité des informations transmises, avec des titres racoleurs tels que « ce remède caché qui guérit le cancer » ou « Cette famille a mangé l’aliment X pendant 1 mois, vous ne devinerez pas ce qu’il s’est passé ensuite »… Cet afflux d’informations de qualité souvent médiocre contribue donc fortement à la perte de repères. Enfin, l’information verticale, c’est-à-dire venant des sources d’autorité traditionnelles, est aussi mise à mal depuis 30 ans en raison de différents scandales sanitaires ou des doutes sur la neutralité de certains experts en raison de leurs liens avec des intérêts économiques (industriels, etc.). Bien entendu, l’immense majorité des professionnels de santé tentent de faire leur travail avec intégrité et sincérité, malgré des moyens souvent limités avec les déficits des systèmes de santé, mais ces affaires suffisent à mettre à mal la confiance des patients. De plus, le manque de formation des médecins en nutrition et en activité physique contribue selon moi au problème, dans des sociétés où les maladies liées à l’hygiène de vie sont croissantes et où la prévention devrait être absolument centrale de toute politique de santé à la fois en terme de moyens et de communication. Enfin, on peut regretter aussi que ceux qui pourraient s’affirmer comme de véritables experts indépendants de leur sujet parmi les médecins, diététiciens ou chercheurs sont trop rares à prendre la parole publiquement (dans les médias ou sur Internet), surtout dans les pays francophones, contrairement aux Etats-Unis notamment où nombreux sont les doctorants et chercheurs dont je peux suivre les articles (un foisonnement d’information aux USA qui fait bien sûr que l’on trouve à boire et à manger et ne permet pas la résolution de la cacophonie nutritionnelle).

Pour finir, et il s’agit peut-être du sujet le plus important dans le sens où il va chapeauter tous les autres : l’idéologie. Chaque individu est toujours persuadé d’être un sujet totalement libre et capable de se créer des opinions totalement indépendantes par la seule force de sa volonté. Le libre-arbitre total que l’on retrouve par exemple dans la philosophie de Descartes. Mais ça, c’est dans un monde idéal qui n’existe pas. Chacun de nous est en fait influencé par des désirs, des affects et des contraintes qui se sont construits et imposés à nous depuis notre naissance. Il est plus difficile que l’on ne le croit d’être parfaitement autonome dans ses décisions et de changer ses désirs par la seule force de sa volonté. Si nous nous croyons libres, dit par exemple Spinoza, c’est parce que nous ignorons les causes qui nous font agir.

Nous sommes tous victimes de biais cognitifs qui, pour simplifier, ont tendance à nous conforter dans nos idées reçues, en nous incitant à ne voir que les données qui viennent les conforter. Et ces biais, qui sont propres à l’esprit humain, sont malheureusement renforcés par Internet qui permet d’avoir accès à un volume d’informations sans limite qui pourront confirmer ces idées, et avec des réseaux sociaux (à commencer par Facebook et Youtube) dont les algorithmes mettent en avant les articles qui vont dans le même sens que ceux que vous avez déjà lus / aimés / partagés., vous enfermant dans une bulle où la contradiction finit par disparaître, conduisant certains à se construire une idéologie peut-être sincère, mais qui les incite à tordre la réalité afin qu’elle puisse coller à leurs principes. On pourrait se dire que sur un sujet comme l’alimentation et la nutrition, on devrait pouvoir avoir une discussion raisonnée et raisonnable basée sur des faits scientifiques, mais il suffit de se balader sur n’importe quel forum ou page Facebook sur le sujet pour voir que la violence des débats n’a rien à envier aux querelles religieuses. Dans un monde où la perte des repères traditionnels (la chute des idoles pour paraphraser Nietzsche) est exponentielle depuis un siècle, le besoin d’appartenance à une « tribu », à une communauté, est plus fort que jamais même dans l’alimentation : paléo, vegan, végétarien, sans gluten, etc. De plus en plus de personnes se définissent par leur régime alimentaire et sont parfois capables d’un niveau de violence verbale assez étonnant (et assez désolant) envers ceux du « camp adverse »…

LA SOLUTION : CULTIVER LA RAISON ET LA DÉMARCHE SCIENTIFIQUE

Face à ce lourd constat, il n’y a pas une réponse unique, mais un ensemble d’actions à engager à tous les niveaux : enseignement de l’esprit critique, de la nutrition et de la cuisine à l’école, évolution de la formation des médecins pour laisser plus de place à la nutrition et réforme en profondeur des systèmes de santé avec un focus clair sur la prévention, augmentation des crédits de recherche publics pour diminuer les problématiques de conflits d’intérêt, augmentation drastique des contraintes légales sur la publicité des industriels notamment vis-à-vis des enfants et des écoles, révolution dans les médias sur leur compétence à traiter l’information scientifique, etc. Évoluer sur ces sujets de la nutrition et de l’alimentation entraînerait une révolution à tous les niveaux.

Mais ces actions resteraient inefficaces si, à la base, les citoyens-consommateurs ne sont pas éduqués dès maintenant à l’esprit critique, à distinguer la qualité des sources d’information et aux principes de la démarche scientifique. Comme évoqué, dans un monde idéal, cela devrait commencer dès l’école, et il y a heureusement d’ailleurs des personnes engagées, professeurs ou associations, qui tentent de faire bouger les choses sur le terrain. Mais quels moyens de transmission pour les adultes ? Certains soutiendront l’idée que ce serait à une agence officielle, publique, de faire ce travail. Je suis parfaitement d’accord que, dans un monde idéal, ce devrait être le cas, mais la situation actuelle montre le chemin énorme à parcourir. Les agences existantes, comme la FDA (Etats-Unis) ou l’ANSES (France) sont là pour donner des recommandations, évaluer des risques et donner les moyens de prise de décision pour les politiques et les professionnels de santé, il ne s’agit pas d’organismes adaptés à l’éducation du grand public. Ceux qui ont été créés dans ce but, comme le PNNS en France (Programme National Nutrion Santé) ou les « Dietary Guidelines » aux Etats-Unis souffrent de nombreux défauts : des conseils trop généraux dans un monde où les gens recherchent une médecine et des conseils de vie de plus en plus personnalisés, un discours qui doit prendre en compte des intérêts politiques et économiques (cf. par exemple l’histoire de la première pyramide alimentaire américaine), loin d’une démarche purement scientifique, et un fonctionnement rigide et bureaucratique qui empêche un traitement efficace des informations courantes, de « l’actualité ».

NOS ENGAGEMENTS

En attendant une évolution de tous les points cités, j’ai voulu créer une source d’information afin de donner à chacun les moyens de s’y retrouver dans ce foisonnement de conseils contradictoires, tout en éduquant sur la démarche scientifique et le choix des sources, afin de revenir à un débat objectif, dépassionné et raisonné sur la nutrition. Pour répondre à cette mission, je me suis fixé 5 principes, 5 engagements clairs qui seront les lignes directrices pour l’écriture et la création de chacun de nos articles/vidéos.

  1. Indépendance : Naturacoach est un site financé uniquement par la vente de ses informations propres (au travers des « programmes). Il n’y aura donc jamais de publicité pour une autre marque / produit en échange d’une rémunération, d’articles sponsorisés, de placement de produit ou d’affiliation. Si un produit ou un service est cité, c’est uniquement à titre d’exemple au sein d’une démonstration ou parce que la qualité dudit produit mérite d’être citée de manière totalement désintéressée.
  2. Objectivité : le traitement des sujets devra toujours se faire évitant toute influence idéologique. Si un thème doit amener à l’énoncé d’une opinion subjective, cette partie sera distinctement décrite comme telle. Afin de diminuer au maximum la présence de biais cognitifs, tous les points de vue et avis contradictoires seront toujours pris en compte dans la recherche des sources, et chaque sujet devra être abordé sans idée reçue ou jugement préalable. La confrontation d’idées régulière avec des professionnels de santé de tous horizons permettra également de renforcer cette objectivité.
  3. Raisonnements sourcés : c’est certainement le point le plus important et le plus élémentaire. Tout article/vidéo devra se baser sur des sources listées et vérifiables. Le but d’un site de vulgarisation scientifique tel que je le conçois est de faire le lien entre des données et des recherches pointues et le grand public, il ne s’agit donc à aucun moment de donner mon opinion propre (cf. point 2) qui n’a que peu d’intérêt pour les lecteurs, mais de simplifier des données complexes sans tomber dans le « simplisme » et en citant toutes les sources ayant participé à la construction des arguments mis en avant.
  4. Remise en question : Malgré toutes ces précautions, et même avec les meilleures intentions du monde, il reste toujours possible de se tromper, d’avoir une interprétation biaisée d’une étude ou d’être passé à côté d’une source valide. Si une donnée, trouvée par moi-même ou apportée par un lecteur, venait à remettre en cause un argument d’un article, il est nécessaire de reconnaître son erreur et de d’être capable de remettre en question ses propres certitudes. Il sera donc nécessaire de faire ces rectifications sous une forme à définir et les connaissances et la recherche évoluant de toute façon en permanence, je maintiens une veille scientifique afin de mettre à jour les articles sur certains sujets tous les 3-4 ans.
  5. Pragmatisme : Un dernier principe souvent négligé mais qui est pourtant essentiel : l’application pratique de ces connaissances mêmes pointues, afin d’avoir une résonance dans la vie réelle de chacun. C’est d’ailleurs la définition première de la diététique, qui inclut la dimension culturelle, par rapport à la nutrition qui étudie les liens entre alimentation et santé. Il est surtout important d’éviter de tomber dans le « nutritionnisme », qui peut inciter à se concentrer sur certains nutriments en oubliant les aliments dans leur ensemble et que le tout est toujours plus supérieur à la somme des parties, un nutritionnisme qui peut inciter les consommateurs à trop privilégier des compléments alimentaires au détriment d’aliments frais et bruts. L’engagement de pragmatisme signifie donc pour les articles et vidéos sur Naturacoach d’être capable de donner une application concrète et réaliste sur chaque sujet, et de donner régulièrement des recettes afin de remettre la cuisine des produits bruts au centre de toute démarche pour retrouver une alimentation saine sans négliger le plaisir.

Le but de ce manifeste, et le fait de prendre ces engagements publiquement, est de me rendre redevable vis-à-vis de mes lecteurs qui, j’en suis sûr, ne manqueront pas de pointer les éventuels manquements s’il devait y en avoir à l’avenir 😉

 

Prenez soin de vous,

Benjamin