Les secrets de longévité d’Ikaria

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Lorsque l’on parle de longévité et d’île aux super-centenaires, tout le monde pense toujours au même exemple, à savoir l’archipel d’Okinawa au Japon. Mais beaucoup plus proche de nous géographiquement et culturellement se trouve une autre île en Grèce, Ikaria, proche de la côte turque, qui possède une population à la longévité et la santé également remarquables, et c’est d’elle dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui.
Ikaria, qui tire son nom du fait que selon la mythologie, Icare serait tombé dans la mer avoisinante lorsqu’il a voulu approché le soleil de trop près, a été mise sur le devant de la scène ces dernières années grâce notamment à Dan Buettner, un explorateur de National Geographic, avec un article dans le New York Times intitulé « L’île où les gens ont oublié de mourir ». Ce dernier est surtout connu pour avoir écrit plusieurs ouvrages sur les « zones bleues », ces régions du monde où les habitants jouissent d’une longévité exceptionnelle, comme Okinawa et Ikaria, mais aussi le centre de la Sardaigne, la péninsule de Nikoya au Costa Rica ou la ville de Loma Linda en Californie.

En Grèce, les personnes de plus de 80 ans ne représentent que 5% de la population mais sur Ikaria, ce pourcentage monte à 13%, avec une portion non-négligeable de personnes de plus de 90 ans. Mais peut-être la plus grande différence notable vient du fait que sur Ikaria, le ratio hommes/femmes de plus de 80 ans est de 1/1, contre ½ en moyenne dans le reste de l’Europe. Pour valider ces découvertes, une équipe de scientifiques dirigée par le Dr. Christina Chrysohoou a étudié en 2009 l’alimentation et le mode vie de centaines d’habitants de l’île et en a tiré de nombreux enseignements.

Bien entendu, tout le monde connaît déjà les vertus du régime méditerranéen, ou même du fameux régime crétois. Mais d’une part, malheureusement ces régions ont perdu une grande partie de leurs habitudes ancestrales face à la modernité et l’industrialisation, quand Ikaria a su préserver ses traditions à l’écart des flux touristiques majeurs, et d’autre part, l’île possède quelques caractéristiques bien à elle.
Niveau alimentation, une journée typique commence par du miel, du lait de chèvre cru, une infusion de sauge voir un peu de pain trempé dans du vin. Le déjeuner tourne souvent autour de légumineuses (lentilles, lupin ou haricots) accompagnées de patates, de légumes verts et des légumes du jardin de saison. Le dîner est souvent très simple avec à nouveau un peu de pain et de fromage ou du lait de chèvre. Regardons plus précisément par famille d’aliments :

  • Légumes : pour moi, c’est l’une de leurs habitudes dont il faut le plus s’inspirer. Les icariens consomment bien entendu beaucoup de légumes, mais particulièrement des verts (légumes à feuilles et herbes), issus à la fois du jardin et de la flore sauvage, ces derniers étant particulièrement riches en nutriments. Ils consomment aussi régulièrement des pommes de terre (pas nos variétés hybrides bien entendu) et des courges. Le tout est sans pesticide, le relief montagneux de l’île ne permettant pas heureusement de grands champs de cultures intensives.
  • Lait de chèvre : vous les savez, je ne suis pas particulièrement un défenseur des produits laitiers, mais leur consommation de lait de chèvre qui n’a l’air de contrarier en rien leur bonne santé nous permet de noter trois choses. Premièrement, pour un aliment donné, les effets sur la santé peuvent être bien différents suivant le reste de l’alimentation et du mode de vie de la personne. Boire du lait pour un citadin stressé ayant une maladie auto-immune n’aura pas les mêmes conséquences que pour un icarien sans problème de santé qui a une alimentation saine depuis son enfance. Deuxièmement, que ce soit liquide, en fromage ou en yaourt, les icariens ne consomment que du lait cru, jamais pasteurisé, donc riche en probiotiques bon pour la flore intestinale. Enfin, même si on manque de travaux sur ce sujet, le lait de chèvre est certainement plus digeste que le lait de vache (et leurs chèvres ont une alimentation la plus naturelle possible bien sûr).
  • Miel : le miel fait partie de leur alimentation quotidienne, à la fois comme gourmandise (1 cuillère tous les matins) et comme médicament, aussi bien en interne qu’en externe (cataplasmes pour les blessures, etc.). Les abeilles bénéficient de l’absence de pesticides et butinent particulièrement la bruyère blanche, la lavande sauvage, l’arbousier grec, le thym, le pin et l’origan sauvage. Un remède traditionnel contre les maux courants est de prendre une infusion de menthe pouliot avec un peu de miel et une gousse d’ail.
  • Vin : ils boivent entre 2 et 4 verres par jour, du vin produit par les habitants eux-mêmes. Je ne vous conseille pas forcément de faire la même chose mais cela permet de comprendre encore une fois que le vin avec modération possède aussi des vertus et que tout est une question de contexte pour un aliment donné.
  • Infusions d’herbes : une habitude que là vous pouvez reprendre sans modération. Les icariens consomment tous les jours des infusions d’herbes telles que la marjolaine sauvage, la menthe sauvage, la sauge ou le romarin. Toutes ces plantes sont très riches en antioxydants et participent certainement à leur longévité.
  • Céréales : ils consomment du blé bien entendu mais moins que dans le reste de la Méditerranée, et plus d’orge et de seigle, ce dernier étant un peu plus riche en nutriments que le blé. Ce sont aussi de grands utilisateurs de la « farine » de caroube, que même les plus pauvres peuvent se payer ou produire eux-mêmes.
  • Légumineuses : elles font partie de leur alimentation quotidienne, et elles sont toujours préparées de manière traditionnelle. Par exemple les grains de lupin sont trempés dans l’eau salée (eau de mer) puis dans les sources chaudes du sud de l’île pour les rendre plus digestes.
  • Viandes et poissons : les habitants de la côte consomment bien sûr plus de produits de la mer que ceux des montagnes, du poisson en moyenne deux fois par semaine et du poulpe aussi assez régulièrement. La viande est réservée en général pour les dimanches et les fêtes, les icariens des montagnes en mangeant plus. En général, on tue le cochon de la famille en hiver pour avoir de la viande les mois suivants et l’agneau au printemps. Il faut aussi comprendre qu’au-delà de toute considération de santé, il y a une considération économique, tuer un animal n’est pas forcément « rentable » à long terme pour eux, une chèvre donnant par exemple du lait ou une poule des œufs. Dernière remarque : les viandes sont cuisinées bien sûr avec beaucoup d’herbes !
  • Huile d’olive : elle est bien entendu utilisée abondamment partout !
  • Oléagineux : amandes et noix font partie du quotidien comme dans le reste de la Méditerranée.
  • Citrons : les icariens raffolent du citron, ils en mettent absolument partout, en jus ou entier.
  • Café : ce sont aussi de grands consommateurs de café, 2 à 3 fois par jour. On connait les vertus d’une consommation modérée de café notamment dans la prévention de Parkinson.

Mais s’il y a bien une chose que j’ai comprise depuis que j’étudie toutes ces questions et que j’accompagne des personnes dans leur changement alimentaire, c’est que justement l’alimentation ne fait pas tout et qu’une santé optimale ne peut se réaliser que dans un contexte global approprié. Les icariens l’ont bien compris depuis longtemps :

  • Comme dans les autres « zones bleues », la population bénéficie d’un climat ensoleillé (bonne humeur et vitamine D), d’une nature préservée et d’un air peu pollué.
  • Leur plus grand secret est peut-être leur relation toute relative au temps. En effet, personne n’a de montre et si vous donnez rendez-vous pour le déjeuner, la personne pourra aussi bien arriver à 11h qu’à 16h ! La capacité à prévoir à a dernière minute, à laisser la place à l’imprévu et à dire « non pas maintenant » à ce qui ne leur conviendrait pas est un des piliers de leur culture. Un mode de vie qui déstabilise souvent les immigrants du reste de la Grèce urbaine venus s’y installer. Zéro stress !
  • Une extension du point précédent : la sieste, presque tous les jours !
  • Activité physique : ils ne font pas du sport à proprement parlé mais restent actifs toute leur vie, à jardiner notamment. De plus, avec le relief vallonné de l’île, il faut monter et descendre 20 collines dès que l’on parcourt quelques kilomètres.
  • Enfin, une autre caractéristique que l’on retrouve dans les autres « zones bleues », le lien social très fort. Les personnes âgées ne sont pas recluses dans des maisons de retraite mais sont à la fois autonome et intégrées totalement à la communauté, la solidarité entre les habitants est réelle et tout le monde s’invite chez tout le monde, une bonne occasion à chaque fois de sortir le vin ! Le soir, les gens se retrouvent aussi régulièrement pour danser dans la salle des fêtes du village.

Au final, je ne vous dis pas que c’est un modèle unique à appliquer par tous, il faut adapter son alimentation à ses besoins propres et à son mode de vie, mais il y a de nombreux enseignements à en tirer, comme l’importance d’améliorer le reste de votre « contexte » pour votre santé, ou l’intérêt de consommer abondamment des herbes et des légumes verts. Je vous propose d’ailleurs une petite recette de pancakes « verts » pour mettre en pratique ce dernier conseil.

Pour 3 à 4 personnes
Temps de préparation : 15 min
Temps de cuisson : 10 min

  • 250 g d’épinards frais
  • 1 fenouil
  • 1 botte de menthe fraîche
  • 1 botte de persil frais
  • 1 oignon rouge
  • 100 g de farines sans gluten au choix (ex : châtaigne et sarrasin)
  • 40 g de poudre de caroube
  • 1 pincée de sel
  • 1 œuf
  • Huile d’olive
  1. Mélanger le sec dans un bol : farines, poudre et sel.
  2. Ciseler l’oignon et émincer le fenouil. Battre l’œuf.
  3. Mixer les épinards et les herbes. Ajouter l’oignon et le fenouil et mixer rapidement. Ajouter le sec et mixer à nouveau. Ajouter l’œuf et mixer une dernière fois.
  4. Si le mélange est trop liquide, ajouter un peu de farine si besoin; s’il est trop sec, ajouter un peu d’eau.
  5. Faire cuire de petits pancakes 2 min de chaque côté dans une poêle sur feu doux avec un peu d’huile d’olive.

 

Ressources pour aller plus loin :

  • The Blue Zones solution de Dan Buettner
  • Little land, documentaire de Nikos Dayandas sur Ikaria
  • Ikaria de Diane Kochilas
  • L’article du New York Times
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17 Commentaires

  1. Très instructif … votre article donne très envie d’y aller …. et comme j’adore les îles grecques ….
    Merci … je vais faire la recette, mais par quoi remplacer la caroube … farine de pois chiches ou plutôt fécule de pomme de terre peut-être ????

  2. Bonjour.
    je connaissais déjà cette île de réputation, et je suis étonnée que vous ne mentionnez pas les radiations dans votre article.
    en tous cas merci de toutes les informations que l’on trouve regroupé sur votre site.

  3. Merci Benjamin pour ce nouvel article très intéressant comme d’habitude.
    A tous ceux qui disent que ça donne envie d’y aller c’est vrai mais par pitié n’y allez pas, le tourisme pourri tous les endroits par où il passe, laissez ces gens vivre tranquillement ils n’ont pas demandé à ce que vous veniez polluer leurs terres. Inspirez vous de leur mode de vie mais n’allez pas les faire chi** merci pour eux.

  4. Je ne connaissais pas du tout cette île ! C’est fort intéressant de découvrir cela, je trouve que ce sont de bonnes habitudes et qu’il faudrait qu’on s’en inspire 🙂 Notamment l’activité physique du jardinage sans forcément faire de sport, c’est top !

  5. Oui , tout cela est bien joli , mais malheureusement chez nous en France , tout cela n’est plus possible. Impossible de se balader et espérer trouver un plant sauvage intéressant soit parce que ça n’existe plus ou que c’est tout simplement inaccessible(privé). Et le plus intéressant , tu l’as dit à la fin c’est la façon dont ces gens vivent, leur lien social , la considération qu’ils ont les uns avec les autres et surtout les personnes âgées , se retrouver pour danser ce qui était le cas pour nous dans les années 30 mais qui ne l’est plus aujourd’hui . Un bel exemple à méditer et essayer de retrouver . Merci de nous faire partager cet article .

  6. Merci pour cet article .
    Lorsque vous parler de poudre de caroube, c’est bien la poudre marron qui est utilisé en substitut du chocolat?
    Je n’avais jamais pensé à l’utiliser dans une recette salé.

  7. j’ai fait la recette avec
    du basilic a la place de la menthe car je n’en avais pas
    de l’arrow roat a la place de la farine de caroube puisque benjamin a dit qu’on pouvait prendre une fécule a la place
    1 échalotte a la place de l’oignon rouge parce que je n’en avais plus
    et pour la farine j’ai mis petit épeautre complet et sarrasin
    et c’est super bon pas d’ajout d’eau ni de farine en plus je pensais que ce serait sec mais non pas du tt c’est tres bien lié. je précise aussi que je n’aime pas du tout le fenouil j’étais donc sceptique mais on le gout ne ressort pas bref super recette rapide. j’ai du faire une dizaine de galette et j’en ai même congélé pour avoir quelque chose a réchauffer si besoin d’un repas rapide 😉

  8. Bonjour Benjamin et merci pour cet article intéressant, comme toujours. Par rapport à votre recette de pancakes, j’ai hate de les essayer, par contre je ne sais pas avec quoi les déguster : plutôt une salade ou plutôt des légunineuses?

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